Comme toute attraction de Disneyland, Phantom Manor est conçu à partir d’un scénario qui n’est pas rendu public, ce qui a entraîné de nombreux fans à essayer de le reconstituer.
De nombreuses versions existent. Voici, puisée à la source, la véritable histoire de Phantom Manor à Disneyland Resort Paris telle qu’elle fut imaginée.
L’histoire de Phantom Manor est indissociable de la vie de Thunder Mesa, cette petite ville construite au pied de « Big Thunder Mountain ».
Une ancienne légende indienne raconte que Big Thunder Mountain recèle de grandes richesses gardées par un oiseau, l’oiseau de tonnerre, et que quiconque tentera de s’approprier ces richesses déclenchera la colère de l’oiseau qui ébranlera la montagne de ses battements d’ailes, dans un bruit de tonnerre, détruisant ainsi les pillards.
Dans BTM lorsque vous montez dans la grande galerie, cette légende est symbolisée. L’or est au fond et le battement des ailes de l’oiseau de tonnerre fait tomber (presque) les énormes blocs de rocher sur les wagons.
Nous sommes en 1860, Henry et Martha Ravenswood qui ont fait fortune en fondant la Thunder Mesa Mining Co qui exploite les richesses de la montagne, sont les propriétaires d’un superbe manoir de style victorien.
Mélanie, leur fille, est en grande préparation de son mariage lorsque survient la catastrophe : un tremblement de terre, déclenché par une explosion dans la mine, vient de frapper Thunder Mesa.
Le manoir, hors de la ville, est intact mais on déplore au moins deux victimes : Martha et Henry Ravenswood n’ont pas survécu à l’explosion.
On peut, encore aujourd’hui, se recueillir sur leur tombe, située au cimetière de Boot Hill, qui avant de devenir le lieu de sépulture des habitants de Thunder Mesa était le cimetière privé du manoir. Ne dit-on pas aussi que la grande tombe sans nom renfermerait le corps de Mélanie et que celle-ci ne serait pas encore morte puisqu’on entend battre son cœur ?

Revenons, si vous le voulez bien, aux grandioses préparatifs du mariage.
Le fiancé, dont le nom s’est perdu, avait fait courir le bruit qu’il souhaitait vivre ailleurs et emmener sa future épouse loin de la ville et de la région.
A cette nouvelle, on dit qu’Henry Ravenswood, encore vivant, était entré dans une violente colère, se répandant en menaces de tous genres à l’encontre du fiancé.
Henry a-t’il réussi à empêcher ceci d’arriver, même depuis sa tombe ?
Malgré la mort de ses parents, Mélanie et son amoureux décidèrent de s’unir pour le meilleur et pour… le pire !
Le jour du mariage, pour une raison inconnue, le fiancé ne s’est jamais présenté. La future mariée avait tellement le cœur brisé qu‘elle s’isola durant des années, du moins c’est ce que l’on pensait en ville. De Thunder Mesa, on pouvait l’apercevoir de temps à autres à une fenêtre, toujours revêtue de sa robe de mariée. Elle ne ressortit jamais du manoir.
Nul ne savait si elle était en vie ou déjà fantôme. Aucun habitant de la ville n’osait s’approcher pour en savoir plus.
C’est à partir de cette époque que l’on commença à appeler le manoir « Phantom Manor ».
Ce n’est que plusieurs années plus tard, que les fidèles serviteurs du manoir réapparurent à Thunder Mesa et commencèrent à raconter leur histoire et celle de leurs maîtres.
Ils venaient, à grand peine, de s’évader du manoir.
Durant ces années ils avaient été terrorisés par les nombreux esprits de la maison et plus particulièrement par le maître absolu de ceux-ci,
un fantôme particulièrement malfaisant qu’ils pensaient être Henry Ravenswood lui-même, courroucé au plus haut point par le projet de départ de sa fille et qui l’avait gardée jusqu’à la fin de ses jours dans le manoir.
Six années après le drame, ce sont les serviteurs qui seront enterrés près de leur maître au cimetière de Boot Hill.
Avant de pénétrer dans l’inquiétant manoir essayons de faire connaissance avec tous les personnages de cette sombre histoire.
Phantom
Nous avons vu qu’il s'agissait d’Henry RAVENSWOOD lui-même.
Henry et Martha RAVENSWOOD
Parents de Mélanie et propriétaires du manoir.
Mélanie RAVENSWOOD
Bien que son nom n’apparaisse pas dans l’attraction, c’est la future mariée.
Le fiancé
On ne connaît pas son nom. On peut le voir deux fois, la première au coté de Mélanie à bord d’une barque sur l’un des tableaux et ensuite pendu dans la pièce « sans porte ni fenêtre » par le « phantom ».
Mme LEOTA
C’est la voyante qui grâce à ses incantations fera venir les invités dans la salle de bal.
Le corbeau
Certains disent que c’est l’âme du fiancé, on l’entend à plusieurs reprises et on peut le voir, par exemple, dans la salle de musique, derrière Mme Léota, à Phantom Canyon ou derrière le « phantom » de la dernière scène.
La maison est désormais ouverte à tous ceux qui oseront affronter la furie du Phantom.
Mais attention, dans sa rage malfaisante, il tente toujours de faire peur aux visiteurs imprudents de s’aventurer jusqu’ici.
Quelqu’un, un jour, parviendra-t-il à expliquer ce qui est réellement arrivé, il y a tant d’années ?
Les traces du tremblement de terre ayant entraîné la mort d’Henry et Martha RAVENSWOOD, toujours visibles derrière le manoir, sauront-elles expliquer le mystère ?
Si c’est le cas, peut-être que les âmes des disparus de Thunder Mesa qui hantent toujours le manoir, pourront alors reposer en paix.
Avant de pénétrer dans le manoir, il vous faut tout d'abord passer le portail. Le Cast Member de service n’est pas aimable, c’est normal, c’est la seule attraction où les Cast Members sont priés d’être désagréables.
Les Cast Members représentent les serviteurs de la maison.
Traversant le jardin, occupé par une végétation dépérissante, nous passons devant un kiosque défraîchi où tremblote une faible lueur, au son d’une vieille boîte à musique.
Courage, il faut rentrer.
Les portes s’ouvrent en grinçant et les visiteurs sont reçus par la complainte d’un chant lugubre.
L’hôte les invite à entrer : « N’ayez pas peur, montrez-vous en pleine lumière, que je vous voie… ».
Dans un miroir, l’image irréelle d’une jeune mariée s’évapore, les portes se referment, vous êtes pris au piège !
Un pan de mur coulisse et les visiteurs rentrent dans une pièce « sans porte, ni fenêtre ». Quatre tableaux représentant Mélanie décorent les murs.
Une voix fantomatique commence à raconter l’histoire de la maison alors que le plafond s’élève et que les tableaux s’allongent, découvrant de bien curieuses prémonitions de ce qui pourrait menacer Mélanie RAVENSWOOD.
Le « phantom », car c’est bien lui, met au défi les visiteurs de trouver une sortie et les menace : « j’ai bien peur que vous ne soyez contraints de me suivre… ».
Son rire empli alors la pièce tandis que des éclairs illuminent une scène épouvantable au plafond : le corps d’un jeune homme se balance au bout d’une corde que tient le « phantom ».
Voici donc pourquoi le fiancé ne s’est pas présenté le jour des noces : il vient d’être assassiné par son futur beau-père.
Ouvrons une parenthèse : une autre explication fait apparaître un vieil indien de la mine qui tue le fiancé par vengeance.
Cette théorie tient mal car la pendaison n’a pas cours chez les indiens et le « phantom » est habillé d’un costume réservé à la bourgeoisie dont faisait partie Henry RAVENSWOOD.
Le passage secret s’ouvre de nouveau, libérant les visiteurs qui s’échappent au plus vite, c’est du moins l’impression qu’ils donnent à les voir se précipiter vers la suite de l’attraction.
Prenez votre temps, laissez passer ces ignorants et regardez attentivement le couloir qui s’offre à vous.
Avec un peu de chance, au bout de quelques minutes, vous serez seul à contempler successivement la vie et la mort sur les deux tableaux représentant Miss RAVENSWOOD, le bateau fantôme et le cavalier de l’apocalypse.
Autres détails, face à face, sur les murs opposés se trouvent, à gauche un contrat de mariage « en blanc » où les noms ont été effacés. Par qui ?
De l’autre coté, une lettre dans un cadre. Cette lettre nous a posé de gros problèmes, pas facile à photographier ni même à traduire car dans un anglais du 19ème siècle avec des pleins et des déliés.
Nous l’avons confiée à un professeur d’université (Anglais) et la traduction parle d’un rendez-vous raté où il est question d’une démonstration non faite et où deux autres personnes auraient donné la seconde (démonstration) hier. Peut-être des médiums venus pour aider Mme Léota...

Passons à présent devant un canapé où se trouve un album de photos avant de monter dans les « Doom Buggies » qui nous attendent devant le grand escalier.
Nous allons entrer dans la maison hantée par un grand couloir...
On voit d’abord Mélanie, toujours revêtue de sa robe de mariée et qui nous souhaite la bienvenue avec une révérence. Dès la première courbe, elle disparaît, happée par le couloir du temps, corridor brumeux, à la recherche éperdue de son fiancé.
Les Doom Buggies tournent et nous montrent le petit salon de musique. Un mystérieux pianiste entame une macabre version du thème musical de Phantom Manor. C’est la première fois que nous voyons le corbeau, sur le pupitre.
La sinistre promenade continue dans le corridor où les portes se déforment sous la poussée des invités du mariage, eux aussi transformés en fantômes et qui tentent de sortir de leur chambre. Des yeux clignotent sur le papier peint et la pendule sonne treize coups !
Nous parvenons à présent dans un endroit clé de l’attraction, là où la tête de Mme Léota, la voyante de feu Henry RAVENSWOOD, loge dans une boule de cristal. La salle est ronde, la table l‘est aussi et les cartes de tarots forment la troisième ronde de cette pièce lugubre.
Elle récite d’anciennes incantations, invoquant les esprits à assister à la réception de mariage, dans la grand salle de la maison.
Derrière elle, on peut apercevoir les yeux rouges du corbeau…
Tournant autour de Mme Léota, nous pénétrons dans la grande salle. Nous sommes au-dessus et notre regard plonge sur une morbide réception.
Ce ne sont pas des hologrammes, mais de simples projections sur une vitre. (la démonstration en est faite au chapitre « technique »).
Il est difficile de tout voir en un seul passage. Du haut des escaliers la malheureuse mariée regarde ses invités descendre d’un corbillard. Des revenants encore habillés pour la fête, apprécient le champagne alors que d’autres valsent sans fin sur la musique émanant d’un orgue dont joue une forme vaguement humaine, revêtue d’une houppelande.
Des invités sont accrochés au lustre, mais l’on remarque surtout, et pour la seconde fois la présence du « phantom ».
La vive lumière des éclairs le révèle perché à la fenêtre surplombant la cage d’escalier. Son rire menaçant résonne au-dessus de la fête.
A noter dans la salle, le grand tableau de la maison au temps de sa splendeur et la présence d’un corbeau…
Après la grande salle nous pénétrons dans le boudoir. Au mur, c’est une belle jeune fille mais son miroir ne reflète qu’une tête de mort. Un objet se trouve à coté d’elle : un Gramophone qui ne fut inventé que vers 1890, or l’histoire nous dit que Martha et Henry furent tués en 1860. Les « fiancés » ont-ils attendu 30 ans pour se marier ou cet objet est-il rentré plus tard dans le manoir (ou par inadvertance dans le décor) ?
Nous avons laissé la mariée devant son miroir et quittons le manoir par les portes-fenêtres de son
boudoir.
Le voyage continue au clair de lune dans le jardin où nous
sommes immédiatement accueillis par le fantôme, accoudé sur une pelle qu’il vient juste d’utiliser pour creuser une nouvelle tombe.
A noter que le fantôme
porte des gants, aurait-il peur de se salir les mains ?
Nous sommes devant l’ancien cimetière privé du manoir où l’on peut voir les caveaux, l’inquiétant gardien revenu sous forme de chien et l’apparition d’un corbeau...
Après une soudaine rotation, les doom buggies glissent entre les tombes en
passant par des cavernes remplies de cercueils et de squelettes en décomposition qui se séparent et se rassemblent d’eux-mêmes.
Nous sommes à présent sous le cimetière de Boot Hill qui fut jadis le cimetière du manoir mais devenu, avec le temps,
le cimetière public de Thunder Mesa.
Un quatuor de bustes en marbre prend vie et se joint aux macabres festivités en chantant une version très rythmée du thème musical de Phantom Manor « Grim Grinning
Ghosts ». Les quatre chanteurs sont accompagnés par une sorte de xylophone formé de crânes.
Avant de passer devant la gare fantôme, regardez à votre gauche le corbillard autrefois magnifique. Ne serait-ce pas celui qui permit aux invités de rejoindre la noce dans la grande salle, grâce
aux incantations de Mme Leota ?
Le cheval qui l’a amené jusqu’aux grilles de Boot Hill, aux portes du monde souterrain est mort d’épuisement et son squelette est encore devant vous.
Les doom buggies arrivent à présent dans une vieille ville de l’ouest connue sous
le nom de Phantom Canyon, au moment où cette ville est secouée par un tremblement de terre, peut-être le même séisme qui coûta la vie à Henry et Martha Ravenswood.
Nous sommes accueillis par le maire qui, en nous remettant les clés de la ville, ne se contente pas de
soulever son chapeau, mais sa tête toute entière. Au dessus du maire, perché
sur le reste de la véranda, nous pourrons de nouveau apercevoir un corbeau, noir aux yeux rouges.
Au centre de la ville fantôme, la
banque a succombé à une attaque de bandits et les doom buggies se retrouvent pris dans la fusillade qui oppose les hors-la-loi d’un coté et les justiciers de l’autre.
Après une visite chez le pharmacien, vous pourrez vous remettre de vos émotions à ce qu’il reste du saloon, mais je vous conseille de regarder aussi de l’autre coté de la rue où vous pourrez assister à une curieuse partie de poker.
Le fantôme est face à nous. Sous une forme beaucoup plus
décharnée, il est debout devant un cercueil ouvert, faisant ainsi un
dernier effort pour inciter les visiteurs
à rester à Phantom Canyon. Le corbeau se tient à ses côtés.
A noter que dans le manoir derrière le fantôme, toutes les fenêtres sont illuminées, ce qui n’est pas le cas dans la réalité.
Les visiteurs que nous sommes n’avons pas accepté l’invitation du fantôme et continuons notre route. Mélanie, qui n’est plus qu’un squelette flottant dans les lambeaux de sa robe de mariée, nous indique la sortie et la direction de notre salut.
Nous retournons dans le manoir en passant devant une galerie de miroirs où les visiteurs découvrent le fantôme s’accrochant aux doom buggies comme s’il essayait de les garder à Phantom Canyon.
Finalement il disparaît et nous sortons du manoir par la cave à vin de ce dernier.
En se dirigeant vers la sortie et la lumière du jour, nous passons devant une mariée miniature qui nous appelle en nous suppliant de nous dépêcher de revenir car « elle se meurt de solitude »…
Le côté technique
Dans la version de DLRP, on compte 92 Audio-Animatronics, 54 accessoires animés, 58 effets spéciaux individuels et plus de 400 accessoires.
Les 131 doom buggies, transportant chacun 2 passagers, se déplacent le
long d’un système de transport animé d’un mouvement continuel, développé sous le nom de « Wedway Omnimover » par Walt Disney Imagineering.
Chaque élément peut effectuer une rotation à 180° sur la droite ou la gauche.
Les projections d’images
Lorsque vous êtes dans la grande salle, des personnages s’offrent à vous. Ne parlons pas de Mélanie ou de son père, transformé en « phantom », mais des êtres irréels qui dansent ou dînent devant vous.
Certains invités sortent du corbillard, d’autres sont à table, certains sont dans le grand lustre et plusieurs couples valsent devant le pianiste dont la lugubre mélodie monte jusqu’au plafond.
On pourrait croire à des hologrammes, en réalité se sont des reflets d’objets (ou de personnages) qui se reflètent dans une vitre.
On peut retrouver cet effet devant une vitrine où l’on voit l’intérieur de celle-ci mais également le reflet de la rue derrière soi.
Nous somme au dessus de la salle, les personnages sont sous nos pieds dans le noir.
Une vitre est posée devant le décor.
Il suffit d’éclairer les personnages (animés ou fixes) et immédiatement leur reflet apparaît sur la vitre.
Mon professeur d’optique disait souvent qu’un mauvais schéma vaut parfois mieux qu’une bonne explication :

A Disneyland Resort Paris, Phantom Manor est complètement différent de ses équivalents des autres parcs Disney. Afin de s’intégrer à l’histoire unique de Thunder Mesa, c’est le seul manoir à paraître délabré, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur.
Dans les autres parcs
La particularité de Phantom Manor est qu’il est dans un land différent dans chaque parc, avec une architecture différente.
En Californie, c’est une résidence sudiste du 19ème, dans New Orleans Square ; une maison anglaise du 18ème dans Liberty Square au Magic Kingdom à WDW ; une maison de style gothique au Fantasyland de Tokyo.
En espérant vous avoir donné envie de visiter ou revisiter le manoir avec, nous l’espérons, un œil nouveau.
Textes et photos : Gérard MORIN